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Collège de France Cinéma (2026-2027) Claire Denis Année 2026-2027 Leçon inaugurale - Claire Denis : Faire mieux Résumé Je n'ai pas trouvé d'autres mots quand j'ai accepté l'invitation du Collège de France. Ils sont sortis de ma bouche pour tenter d'effacer ma peur d'accepter et de décevoir. Je connais bien ces deux mots, faire mieux, puisqu'ils me servent de moteur. Je n'ai pas de programmes ni de règles, pas de méthodes. Je tente. À l'intérieur d'une sorte de chaos, je tente d'exprimer comment je fais des films.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Du « propre de l'homme » à l'éthologie philosophique Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ? William Marx Professeur du Collège de France Résumé Un colloque consacré à l'animal ne saurait véritablement se conclure : loin d'épuiser son sujet, il ouvre davantage de questions qu'il n'apporte de réponses. C'est précisément la vocation de la recherche et du dialogue entre les disciplines. Né dans le prolongement d'une réflexion sur l'intelligence, ce colloque a montré combien la question animale mobilise l'ensemble des savoirs, des sciences du vivant aux sciences humaines et sociales, et nous oblige à repenser non seulement la place de l'humanité parmi les autres espèces, mais aussi la définition même du vivant et ses rapports avec les machines. La richesse des échanges invite à poursuivre cette réflexion collective, sans prétendre la clore. Mais les interrogations scientifiques, philosophiques et historiques sur l'animal débouchent inévitablement sur une question plus personnelle et plus concrète : celle de notre responsabilité. Penser l'animal, ce n'est pas seulement chercher à mieux le connaître ou à comprendre nos relations avec lui ; c'est aussi interroger nos propres pratiques, nos modes de vie et les choix éthiques auxquels nous sommes quotidiennement confrontés.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Du « propre de l'homme » à l'éthologie philosophique Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ? Dominique Lestel Maître de conférences, ENS-Ulm Résumé La notion traditionnelle de « propre de l'homme » est aujourd'hui rendue largement obsolète par les progrès de l'éthologie, par ceux de la psychologie comparée et par les mouvements animalistes. Elle est de surcroît déstabilisée par l'émergence d'IA dont certaines performances intellectuelles dépassent celles des humains les plus brillants. Ce défi oblige l'humain à se réinventer en établissant des partenariats existentiels inédits avec les animaux contre ces machines, et ce mouvement le contraint à repenser l'animalité elle-même sur de nouvelles bases. Dominique Lestel Dominique Lestel enseigne la philosophie contemporaine et l'éthologie philosophique dans le département de Philosophie de l'ENS-Ulm, après y avoir introduit les premiers enseignements de sciences cognitives dans les années 1990. Il a été un membre fondateur du département d'études cognitives (DEC) de l'ENS, et il fait partie des Archives Husserl (UMR 8547). Il a occupé de nombreux postes d'enseignement et de recherche dans des universités étrangères. Récemment, il a été Visiting Professor à Tokyo University of Agriculture and Technology (2017-2018), un Berggruen Fellow au Center for Advanced Studies in Behavioral Sciences de Stanford (2018-2019) et Visiting Professor au Tokyo College de l'université de Tokyo (hiver-printemps 2025). Ses recherches ont été financées par la Fondation Berggruen, par la Japan Society for the Promotion of Science et par l'Australian Research Council.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 De la tragédie aux Bouphonies : variations sur le sacrifice grec comme meurtre Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ? Charles Stépanoff Directeur d'études EHESS Résumé Puisant ses proies parmi quinze mille espèces de vertébrés, l'humain est aujourd'hui le principal prédateur de la planète, loin devant le lion, le loup ou le requin. La biomasse des mammifères non humains est aujourd'hui constituée à 94 % d'animaux domestiques, c'est-à-dire de proies d'élevage. Ce méga-prédateur est pourtant singulièrement démuni sur le plan physiologique : pas de grosses canines et griffes, ni de puissant odorat. L'humain a développé en revanche une empathie trans-espèces permettant de déployer ruses, imitations et manipulations de l'environnement des proies jusqu'à leur domestication. La capacité à se mettre à la place des autres animaux permet aux humains de les tromper, mais elle implique aussi des formes d'attachement uniques dans le monde vivant, telles que l'allaitement d'oursons, chiots ou pécaris apprivoisés ou l'identification rituelles aux animaux. Prédateur empathique, l'humain se nourrit paradoxalement d'êtres qu'il regarde comme des alter ego. Cette déchirure affective et morale a suscité dans les sociétés humaines des réponses très diverses selon le type d'organisation sociale : tabous alimentaires, rituels de remerciements ou d'excuses ou encore délégation et camouflage de la violence dans des abattoirs. Héroïsée, stigmatisée ou industrialisée, la violence envers les animaux s'avère une puissante source de hiérarchisation et de transformation historique des sociétés. Charles Stépanoff Charles Stépanoff est anthropologue, directeur d'études à l'EHESS, spécialiste des populations autochtones de Sibérie. Il a étudié les rapports des communautés sibériennes aux animaux dans les pratiques rituelles chamaniques, l'élevage pastoral, la chasse et l'apprivoisement. Après des travaux sur la chasse en France et l'histoire de la domestication, il dirige actuellement un programme de recherche sur les coévolutions entre pratiques des communautés humaines, comportement de la faune et paysages à partir d'enquêtes de terrain. Il a publié : Voyager dans l'invisible. Techniques chamaniques de l'imagination (La Découverte, 2019), L'Animal et la Mort. Chasses, modernité et crise du sauvage (La Découverte, 2021), Attachements. Enquête sur nos liens au-delà de l'humain (La Découverte, 2024) et codirigé avec l'archéozoologue Jean-Denis Vigne Hybrid communities. Biosocial Approaches to Domestication and Other Trans-species Relationships (Routledge, 2018).
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 De la tragédie aux Bouphonies : variations sur le sacrifice grec comme meurtre Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ? Vinciane Pirenne-Delforge Professeure du Collège de France Résumé La culture grecque est une culture sacrifiante millénaire : la mise à mort d'un animal domestique en l'honneur des dieux est le rituel central de la vie collective dans toutes ses manifestations. Mais la culture grecque est aussi une culture réflexive, qui nous a conservé bien des lectures et des interprétations des actes qu'elle a posés. C'est à saisir quelques moments saillants de la lecture du sacrifice au cœur de la culture grecque que s'attachera cette communication, par l'analyse de certains termes du vocabulaire sacrificiel de la tragédie et de la portée du rituel civique des Bouphonia (« meurtre du bœuf »).
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Penser la pensée animale ? Quelques tentatives dans l'Inde ancienne et médiévale Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ? Isabelle Ratié Professeure du Collège de France Résumé Les philosophes de l'Inde ancienne et médiévale s'accordent quant au fait que les animaux perçoivent et peuvent éprouver le plaisir et la douleur : dans la querelle indienne sur la légitimité du sacrifice animal, même les défenseurs de la violence rituelle se sont efforcés de justifier la souffrance de la victime sans pour autant la nier. Ont-ils cependant concédé l'existence d'une véritable pensée animale ? Ont-ils reconnu aux animaux la conscience de soi, la capacité à inférer, à imaginer ? Comment ont-ils cherché à distinguer ces pouvoirs de ceux de l'animal humain ? Et comment se sont-ils confrontés à la difficulté de penser une pensée non humaine ?
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Mouvements collectifs dans les groupes animaux : quand un banc de poissons est confronté à l'IA, la réalité virtuelle, des robots et des drones Session 3 : L'intelligence animale Clément Sire Directeur de recherche CNRS, université de Toulouse Résumé Cette conférence montrera d'abord comment les travaux menés conjointement par des biologistes du comportement et des physiciens permettent de quantifier les interactions sociales (attraction, répulsion et alignement) entre poissons. Ces interactions sont ensuite intégrées dans des modèles comportementaux capables de reproduire fidèlement les différents états collectifs observés dans la nature : bancs désordonnés, bancs alignés, formations en vortex… Seront ensuite présentées des expériences dans lesquelles des poissons réels interagissent avec un poisson-robot ou avec des poissons virtuels pilotés par ces modèles mathématiques ou d'intelligence artificielle. Ces plateformes robotiques et de réalité virtuelle permettent de mesurer comment un poisson ou un banc réagit à des perturbations contrôlées introduites par ces partenaires artificiels, affinant ainsi notre compréhension des mécanismes qui régissent le comportement collectif. Enfin, la conférence illustrera comment les principes qui gouvernent les interactions sociales des bancs de poissons peuvent être transposés au contrôle du vol collectif d'essaims de drones autonomes. Clément Sire Clément Sire est physicien théoricien. Il a commencé sa carrière dans l'étude des propriétés électroniques de la matière condensée, en travaillant notamment sur les quasicristaux, le magnétisme quantique et la supraconductivité à haute température. Il s'est ensuite tourné vers la physique statistique des systèmes hors d'équilibre : processus stochastiques, séparation de phases, dynamique des mousses, systèmes retournant à l'équilibre, physique de la société et biologie comportementale. Depuis 2013, il se consacre presque exclusivement à l'étude des phénomènes collectifs (mouvements, prise de décision, organisation, collaboration…) dans les groupes animaux et humains, en étroite collaboration avec l'éthologue Guy Théraulaz à Toulouse. Ensemble, ils conçoivent des expériences sur les poissons et les humains afin d'étudier les interactions sociales à l'origine de leurs comportements collectifs. L'originalité de leur approche réside dans le développement de méthodes permettant de mesurer quantitativement ces interactions sociales au sein des groupes animaux. Ces interactions sont alors intégrées dans des modèles comportementaux inspirés de la physique statistique et capables de reproduire et de prédire les dynamiques collectives observées.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 La complexité cognitive d'un cerveau miniaturisé : cognition et cerveau chez les abeilles Session 3 : L'intelligence animale Martin Giurfa Professeur, Sorbonne Université Résumé Les abeilles domestiques possèdent un cerveau d'à peine un millimètre cube, mais présentent un répertoire comportemental remarquablement sophistiqué. Outre leur rôle historique de modèles pour l'étude des formes simples d'apprentissage associatif, elles se sont imposées comme des organismes particulièrement intéressants pour l'étude de formes d'apprentissage d'ordre supérieur, tant dans les domaines visuel qu'olfactif. Au cours des deux dernières décennies, nos travaux ont montré que ces insectes possèdent des capacités cognitives insoupçonnées, qui dépassent largement la simple acquisition d'associations. Des capacités telles que la catégorisation, l'attention sélective, l'apprentissage conceptuel et la numérosité, parmi d'autres, ont notamment été mises en évidence chez les abeilles. Ces découvertes soulèvent des questions fondamentales sur les architectures neuronales qui sous-tendent ces capacités et sur ce qui distingue, le cas échéant, les abeilles des autres invertébrés. Je présenterai certaines de ces découvertes et examinerai leurs bases mécanistiques, en cherchant, lorsque cela est possible, à les relier à des circuits neuronaux spécifiques et à des processus de neuromodulation. Je mettrai également en évidence les principaux défis expérimentaux associés à l'étude de la cognition chez ces animaux et proposerai plusieurs pistes pour mieux comprendre la neurobiologie de l'apprentissage d'ordre supérieur chez les insectes. Martin Giurfa Martin Giurfa est un professeur franco-argentin de neurosciences de classe exceptionnelle à Sorbonne Université, Paris. Il est directeur de l'Institut de biologie Paris-Seine, institut qui réunit des laboratoires travaillant dans différents domaines de la biologie au sein de cette université. Il a obtenu un doctorat en neurosciences à l'université de Buenos Aires, en Argentine, en 1990. Après avoir passé onze ans à Berlin, en Allemagne, où il est devenu professeur à l'université libre de Berlin, il s'est installé à Toulouse, en France, en 2001 en tant que professeur titulaire de neurosciences pour créer le Centre de recherches sur la cognition animale, un institut de recherche affilié conjointement au CNRS et à l'université de Toulouse. Il a dirigé l'institut depuis sa création jusqu'en 2017. En 2023, il a déménagé à Paris pour prendre la direction de l'Institut de biologie Paris-Seine à Sorbonne Université. Ses recherches portent sur les processus perceptifs, l'apprentissage et la mémoire chez les abeilles domestiques. Il a introduit une perspective cognitive dans l'étude de l'apprentissage et de la mémoire des insectes après la découverte des capacités cognitives remarquables des abeilles.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Aux origines du langage : que nous disent nos cousins primates ? Session 3 : L'intelligence animale Adrien Meguerditchian Directeur de recherche CNRS au Centre de recherche en psychologie et neurosciences (CRPN, Aix-Marseille Université), chargé de cours au CNRS, Inserm et aux universités Aix-Marseille, Toulouse, Lyon & Paris Sorbonne Résumé Les primates non humains étant nos plus proches cousins dans l'histoire de l'évolution, étudier leurs systèmes de communication peut nous aider à déterminer les traits partagés avec la parole chez nos ancêtres communs. Tandis que des primatologues soutiennent que la parole serait issue de l'évolution de la communication vocale, une théorie alternative commence à gagner du terrain au sein de la communauté scientifique. Cette théorie dite « gestuelle » souligne le rôle fondamental de la communication gestuelle de nos ancêtres dans les racines évolutives du langage. Dans cette conférence, je vous présenterai les résultats de nos recherches menées au cours de ces vingt dernières années auprès des singes, que ce soit en milieu naturel ou en parc, ainsi que nos travaux récents combinant à la fois une approche éthologique, une approche développementale et non invasive d'imagerie cérébrale IRM. Ces résultats pourraient révéler une origine non pas vocale mais gestuelle de certaines propriétés fondamentales du langage. Adrien Meguerditchian Dans la grande quête des origines du langage, Adrien Meguerditchian étudie la communication de nos cousins primates dans une approche comparative avec l'espèce humaine. Biologiste de formation, il a réalisé ses premières observations de babouins sous la direction de Jacques Vauclair, professeur de psychologie à Aix-Marseille Université. Sa thèse en poche fin 2009, une bourse Fyssen l'emmène sur la piste des chimpanzés sauvages au Sénégal, grâce à l'anthropologue américaine Jill Pruetz, et à Atlanta aux États-Unis dans le laboratoire du primatologue William Hopkins pour étudier la communication des chimpanzés et ses liens avec les structures cérébrales à partir d'images cérébrales IRM. Fin 2012, un financement de l'Agence nationale de la recherche (ANR) lui permet de rentrer en France et de monter son groupe de recherche à Marseille dans le Laboratoire de psychologie cognitive (devenu en 2024 le CRPN), au sein de l'équipe « Cognition comparée » dirigée par Joël Fagot, d'abord sous contrat puis en tant que chercheur CNRS en 2014. Il est alors lauréat d'un financement ERC en 2016, du prix Paoletti CNRS en 2017 et de la médaille de bronze CNRS en 2021.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Sapiens dans l'histoire du vivant : être et ne pas être un animal Session 3 : L'intelligence animale Alain Prochiantz Professeur du Collège de France, Administrateur du Collège de France (2015 à 2019)
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 La place de l'humain en biologie par rapport aux animaux : un animal comme les autres ou à l'origine de la pire crise de la biodiversité ? Session 2 : Cohabiter avec l'animal Virginie Courtier-Orgogozo Directrice de recherche au CNRS et responsable de l'équipe « Évolution et Génétique » à l'Institut Jacques-Monod, professeure invitée du Collège de France Résumé Chaque nouvelle découverte en biologie nous invite à repenser notre vision du monde vivant et la place qu'y occupent les êtres humains. Dans le sillage des travaux de Charles Darwin et d'Alfred Russel Wallace, de nombreuses observations ont progressivement renforcé l'idée que l'être humain est un animal parmi d'autres, issu, comme toutes les espèces, d'une longue histoire évolutive. À l'échelle de l'arbre enchevêtré du vivant, notre espèce n'en représente qu'une petite branche. Mais cette vision se heurte à un autre constat, issu de l'écologie contemporaine : les activités humaines transforment aujourd'hui profondément les écosystèmes et sont à l'origine d'une crise majeure de la biodiversité, qui affecte de nombreuses espèces animales et végétales. L'être humain est donc à la fois un animal parmi les autres et une espèce capable de modifier, à une échelle sans précédent, les conditions d'existence de l'ensemble du vivant. Comment concilier ces deux visions ? Que nous apprend la biologie sur ce paradoxe apparent ? Notre appartenance au monde animal peut-elle nous aider à mieux comprendre notre responsabilité particulière vis-à-vis du monde vivant et de notre planète ? Virginie Courtier-Orgogozo Virginie Courtier est biologiste, directrice de recherche au CNRS et professeure associée à l'École polytechnique. Avec son équipe de recherche à l'Institut Jacques-Monod à Paris, elle analyse l'évolution des espèces de mouches drosophiles, afin de mieux comprendre nos origines et l'avenir des êtres vivants. Elle s'intéresse également à diverses questions mêlant biologie et société telles que l'origine du coronavirus SARS-CoV-2, les risques associés aux biotechnologies ou l'expérimentation animale. Elle a reçu la médaille de bronze du CNRS en 2014 et a été élue membre de l'EMBO en 2022. Elle est membre du conseil scientifique de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) depuis 2020 et membre du comité d'éthique du CNRS (COMETS) depuis 2021. Elle a été professeure au Collège de France en 2023.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 L'animal saisi par le droit : la perspective romaine Session 2 : Cohabiter avec l'animal Dario Mantovani Professeur du Collège de France Résumé Le droit romain est à l'origine de la dichotomie entre personae et res et inscrit les animaux dans la catégorie des choses, traduisant ainsi, dans l'ordre juridique, une organisation sociale et une conception philosophique qui distinguent les êtres animés selon qu'ils sont ou non doués « par nature » de raison. Le sujet de droit est l'agent moral, considéré comme capable de communication discursive et de choix autonomes. Cette conception a ainsi contribué à façonner les catégories fondamentales de l'ordre juridique, dont elle continue d'influencer la structure jusqu'à nos jours. L'histoire du droit offre dès lors une perspective utile pour comprendre les mécanismes profonds de la pensée juridique et la manière dont cette technique, historiquement construite, contribue à organiser la vie sociale.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Les études précliniques et cliniques en recherche translationnelle Session 2 : Cohabiter avec l'animal Erwan Bézard DRCE Inserm, Institut des maladies neurodégénératives, Bordeaux Résumé La recherche translationnelle vise à combler le fossé entre les découvertes fondamentales et leur application au bénéfice des patients. Dans les maladies neurodégénératives, et particulièrement la maladie de Parkinson, ce continuum repose sur l'articulation rigoureuse entre les modèles précliniques et les essais cliniques. Cette intervention examinera les conditions de validité de cette translation, en interrogeant la pertinence des modèles animaux – des organismes modèles au primate non humain – pour reproduire la physiopathologie humaine et prédire l'efficacité thérapeutique. Nous aborderons les causes fréquentes d'échec de translation : modèles incomplets, biais méthodologiques, surestimation des effets précliniques et défaut de reproductibilité. Une attention particulière sera portée aux standards de qualité (randomisation, insu, puissance statistique) qui conditionnent la robustesse des résultats précliniques et leur capacité à orienter les décisions cliniques. À travers des exemples tirés du développement de stratégies symptomatiques et neuroprotectrices, nous illustrerons les allers-retours féconds entre le laboratoire et la clinique. Enfin, nous discuterons des leviers permettant de renforcer la prédictivité des études précliniques et d'optimiser la conception des essais cliniques, dans une démarche translationnelle véritablement bidirectionnelle. Erwan Bézard Erwan Bézard est directeur de recherche de classe exceptionnelle à l'Inserm et figure parmi les neuroscientifiques les plus cités au monde (indice H = 107). Auteur de plus de trois cent soixante-dix publications, il porte principalement ses travaux sur la maladie de Parkinson et les synucléinopathies apparentées. Il est reconnu pour ses recherches sur les mécanismes compensatoires masquant la progression de la maladie de Parkinson, la physiopathologie des dyskinésies induites par la L-DOPA, les mécanismes de mort cellulaire dans la maladie de Parkinson et l'atrophie multisystématisée, ainsi que la modélisation de ces pathologies et le développement de stratégies thérapeutiques. Fondateur et directeur (2010-2020) de l'Institut des maladies neurodégénératives (CNRS UMR 5293, université de Bordeaux), il a siégé aux conseils d'organisations internationales telles que la Michael J. Fox Foundation et Parkinson's UK. Il est rédacteur en chef de Neurobiology of Disease et membre de plusieurs comités éditoriaux. Il est par ailleurs CEO/CSO de Motac Neuroscience et cofondateur de Treefrog Therapeutics, SE Therapeutics et QABY Biotech.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Les maladies des animaux sont-elles des vengeances contre les humains ? Session 2 : Cohabiter avec l'animal Frédéric Keck CNRS, laboratoire d'anthropologie sociale Résumé Les mouvements de protestation contre les politiques des gouvernements concernant l'agriculture et l'environnement mobilisent souvent la figure d'un animal qui se venge contre les mauvais traitements que lui imposent les humains. J'analyserai l'émergence de cette figure à travers les zoonoses des cinquante dernières années et les épizooties des deux siècles derniers. Puis, j'interrogerai la pertinence d'utiliser des termes de ce que Philippe Descola appelle « animisme » pour traiter des questions écologiques. Je développerai enfin les conséquences d'une enquête menée sur les « sentinelles des pandémies » dans le contexte « analogiste » de la Chine contemporaine, et ce que cette figure de la sentinelle rend possible dans les mobilisations contemporaines. Frédéric Keck Après des études de philosophie à l'École normale supérieure de Paris et d'anthropologie à l'université de Berkeley, il a fait des recherches sur l'histoire de l'anthropologie et sur les questions biopolitiques contemporaines posées par la grippe aviaire. Il a reçu la médaille de bronze du CNRS en 2012 et dirigé le département de la Recherche du musée du Quai Branly entre 2014 et 2018.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Le cheval d'avant et après notre histoire commune Session 2 : Cohabiter avec l'animal Ludovic Orlando Directeur de recherche CNRS, université de Toulouse Résumé Dans les pays occidentaux aujourd'hui, le cheval est avant tout considéré comme un animal de loisir. Pourtant, il y a encore peu de temps, il jouait un rôle central dans nos sociétés. Rapide comme l'éclair, le cheval nous a portés aux quatre coins du globe, accélérant la diffusion des cultures, des langues et des microbes, tout en révolutionnant l'art de la guerre. Dès l'instant où les chevaux sauvages ont été domestiqués, leur histoire s'est entrelacée avec la nôtre, évoluant au rythme des sociétés humaines jusqu'à l'avènement des moteurs à combustion. Jusqu'à très récemment, cependant, l'histoire complète des chevaux – de leur domestication à la sélection des champions de course – restait en grande partie méconnue. Mais ces dernières années, le décryptage de séries temporelles du génome du cheval a permis d'éclairer les étapes clés qui ont façonné ce que Buffon appelait un jour « la plus noble » des conquêtes de l'homme, levant enfin le voile sur les mystères de ce partenariat exceptionnel. Cette conférence décrira comment les recherches sur l'ADN ancien ont répondu aux questions essentielles : quelle était la diversité des chevaux avant que nous le domestiquions ? Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Mais aussi : où, quand, pourquoi et comment les chevaux ont été domestiqués pour la première fois. En apportant des réponses à ces questions, cette conférence illustrera à quel point les activités humaines ont transformé la biologie des chevaux, et plus largement, celle des espèces avec lesquelles nous interagissons, et comment ces changements ont, en retour, influencé notre propre histoire. Ludovic Orlando Ludovic Orlando est un archéologue moléculaire qui explore les sociétés du passé à partir des traces d'ADN conservées dans les vestiges archéologiques et l'environnement. Biologiste de formation, il combine sciences quantitatives, humanités et savoirs autochtones pour renouveler notre compréhension de l'histoire et de l'évolution. Ses travaux ont contribué à repousser les limites de la génomique au-delà du million d'années, donnant une profondeur temporelle inédite à l'étude des mécanismes d'évolution moléculaire. Ils ont ouvert la voie au déchiffrage des épigénomes anciens, et ont permis de mesurer l'impact des grands changements climatiques sur les populations de grands mammifères. Ils ont enfin montré comment la domestication du cheval a façonné l'histoire des sociétés humaines. Il a notamment reçu le prix Pégase et la médaille d'argent du CNRS en 2023, ainsi que le AAAS Newcomb Cleveland Prize et le prix Charles-Léopold Meyer en 2024. Ses recherches, à la croisée de l'innovation technologique et de l'interdisciplinarité, redéfinissent les liens entre la génétique, l'archéologie et l'histoire, et interrogent la place des humains dans le vivant.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Arches zoopoétiques : littérature et déluges contemporains Session 1 : Penser l'animal Anne Simon Directrice de recherche, CNRS ; professeure, École normale supérieure – université Paris Sciences et Lettres Résumé Aux temps des récits mésopotamiens et bibliques, l'arche de survie était associée à l'anéantissement diluvien de la quasi-totalité des vivants, suivi d'une régénération vitale et éthique. Voguant au fil des millénaires dans nos imaginaires et nos mémoires, l'arche est aujourd'hui investie de valeurs nouvelles, et remobilisée par des procédés poétiques hétérogènes. De la matrice fragile au tombeau, en passant par le musée d'Histoire naturelle, le navire mercantiliste, la biobanque, le vaisseau intersidéral ou la bibliothèque, le statut des animaux ne cesse de se déplacer, entre mélancolie, comique et colère : quel rapport entre un brin d'ADN destiné à peupler une hypothétique planète, la reconstitution d'un dodo disparu, des taureaux traversant les mers entre deux rangées de conteneurs, et une litanie de souffles exténués ? On examinera ces différents motifs, en cherchant comment les œuvres donnent voix, lieu ou mémoire à des bêtes dont l'ultime et fragile refuge pourrait bien être un poème. Anne Simon Anne Simon est directrice de recherche au CNRS et professeure à l'École normale supérieure – université Paris Sciences et Lettres. Membre de la République des savoirs, elle y est responsable de Philo-FR (Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine), et des carnets Pôle Proust et Animots. Elle est l'autrice de quatre essais sur Proust, d'un ouvrage avec C. Détrez sur les représentations des corps féminins, et d'Une bête entre les lignes. Essai de zoopoétique (2021 ; réédition Gallimard, « Folio Essais », 2027). Anne Simon a publié une centaine d'articles sur la zoopoétique, et copiloté le Congrès international « Humain-Animal » des 20th and 21st-Century French and Francophone Studies (San Francisco, 2011) ainsi que la Biennale du Vivant (Paris, 2023 et 2025). Elle a aussi dirigé six numéros spéciaux : « Face aux bêtes », « L'Esprit créateur » (2011) ; « Humain-Animal », Contemporary French and Francophone Studies (2012) ; « Écopoétiques », Fixxion (2015) ; « Zoopoétique », Revue des sciences humaines (2017) ; « Une décennie de zoopoétique », Cahiers de l'association internationale des études françaises (2025) ; « Littérature et zoomorphie satirique », Colloques Fabula (2025). Elle rédige actuellement un essai sur les revitalisations littéraires de l'arche et du déluge.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 L'orang-outan dans l'anthropologie des Lumières Session 1 : Penser l'animal Silvia Sebastiani Directrice d'études à l'EHESS Résumé L'« orang-outan », ou « homme des bois », fait son entrée dans l'Europe du XVIIe siècle à travers les premiers traités de casuistique médicale, parmi d'autres cas cliniques. Sa proximité avec l'être humain jette le trouble sur la frontière entre humanité et animalité, au cœur de la science de l'homme des Lumières. La quête de cet être singulier conduit sur les routes du commerce triangulaire, qui approvisionne les métropoles européennes en spécimens, soulevant la question des « degrés » d'humanité. Des navires de la traite aux spectacles publics, puis aux vitrines des musées, l'orang-outan devient ainsi un acteur central des controverses anthropologiques qui, en cherchant à déterminer les frontières de l'humain, contribuent à définir et à hiérarchiser celles de la race et du genre. Silvia Sebastiani Silvia Sebastiani est directrice d'études à l'EHESS. Spécialiste des Lumières, en particulier écossaises, elle travaille sur les questions de race, de genre et d'écriture de l'histoire. Elle est l'autrice de The Scottish Enlightenment: Race, Progress, and the Limits of Progress (2013 ; éd. italienne, 2008) et la coautrice, avec Jean-Frédéric Schaub, de Race et histoire dans les sociétés occidentales (XVe-XVIIIe siècle) (2021). Elle achève actuellement un ouvrage consacré aux frontières de l'humanité au XVIIIe siècle, qui examine le rôle des grands singes dans la formation des sciences humaines et sociales.
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 L'animal dans la Bible Session 1 : Penser l'animal Thomas Lecuit Professeur du Collège de France
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 L'animal dans la Bible Session 1 : Penser l'animal Thomas Römer Professeur et administrateur du Collège de France
Colloque de rentrée - L'animal Collège de France Année 2026-2027 Le problème animal Session 1 : Penser l'animal William Marx Professeur du Collège de France Résumé L'animal est devenu un enjeu majeur de notre temps, à la fois écologique, économique, politique, juridique et philosophique. Les progrès des sciences du vivant et le développement des études animales nous invitent à reconsidérer les frontières traditionnellement établies entre l'humanité et les autres espèces. L'ambiguïté même du mot « animal » est révélatrice : désignant à l'origine tout être animé, humain compris, il en est venu à désigner la bête par opposition à l'homme. Cette contradiction traverse aussi notre langage, qui multiplie les références aux animaux tout en hésitant à leur reconnaître la position de sujets. On le voit en particulier à travers l'usage très significatif des pronoms interrogatifs en français comme en anglais. Penser l'animal revient ainsi inévitablement à interroger notre conception de l'humain. Mais ne faudrait-il pas dépasser cette opposition ? L'extraordinaire diversité du vivant invite à élargir notre perspective aux végétaux et aux autres organismes, ainsi qu'aux relations qui unissent toutes les formes de vie. L'exemple du Lucane de Dürer et de La Métamorphose de Kafka montre que l'art et la littérature rejoignent les sciences dans une même exigence : prendre au sérieux l'altérité des êtres, reconnaître la singularité de leurs formes d'existence et apprendre à regarder ce qui ne nous ressemble pas.
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Observed November 4, 2026.
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